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Cuarteto Tanguardia : appassionnato

Un hommage vivant à l’Argentin Astor Piazzolla, dans la section “figures libres”, a conquis le Jam mercredi soir. C’était un défi : prouver que le tango de Piazzolla et de quelques autres n’est pas l’apanage des professionnels argentins, musiciens et danseurs. C’est une musique universelle, qui parle de désir, de sensualité, de passion et que ne pouvait que mettre à l’index la dictature de Videla.Le défi est tenu. La  pianiste, Anne Pagès, apporte ici un démenti  sans appel aux péronistes castrés par une “Evita Madonna”. Elle attaque son piano avec une étonnante énergie pour une jeune femme que l’on dirait douce et timide, et s’adonne avec fougue et passion à ces harmonies étranges et à ces rythmes où se dévoile et se voile la solitude de tout appel amoureux. La jubilation veinée et pathétique entraîne William Sabatier, le bandonéoniste, à se dépasser dans son corps à corps amoureux avec son instrument aux sonorités si étranges, douloureuses et syncopées. Jean-Marc Fouché, contrebassiste à l’OPM, félin, tantôt suave, tantôt rageur, connaît la musique et a concocté des arrangements dans lesquels se retrouvent ses compagnons de route. Saluons enfin le dernier venu, leur nouveau violoniste Thierry Croenne, prodigue en feulements quasi minéraux, glissandi à l’arraché, et aux moments les plus opportuns. Attention ! Il ne s’agit nullement d’une récréation “encanaillée” de musiciens bardés de bagages classiques, mais d’une re-création d’une musique géniale qui s’écoute plus qu’elle ne se danse, sinon mentalement. On gardera en mémoire ce “Buenos aires la nuit...” empli de plaintes insolites et syncopées où se peuvent juger la probité et le talent de ces musiciens qui nous “argentinent” les entrelacs des bals d’antan et qui vibrent dans une passion communicative. Le public -nombreux- du Jam  fut conquis.Revenez vite, les adeptes ne vont plus tarder.

 J-CH NICQ. La Marseillaise. Vendredi29janvier1999.

  

Le CD « Cuarteto » : L’incandescence de Tanguardia


Le quartet montpelliérain livre une interprétation phosphorescente de la musique d’Astor Piazzola.

    Mea culpa. On a parfois les idées raides. Comme de penser qu’il n’est de bon flamenco que de gitan de Jaen ; de bon reggae que de rasta de Port-au-Prince ; pareillement de bon tango que de sous-prolétaire de Buenos Aires. Et alors on n’écoute pas vraiment le groupe montpelliérain Tanguardia.
    Ce nom est une contraction de « tango » et de « nueva guardia », ce courant novateur, des années 60-70, dont Astor Pïazzola est le porte-étendard. Et,bon sang, point de folklore là-dedans ! Gardel était toulousain ; Piazzola Italien de New-York. S’il épousa un jour le tango, c’est pour s’être vu offrir un bandonéon par son père. Eût- ce été un saxophone, qu’il aurait joué du jazz, disait-il.
    On se retrouve ainsi libre d’esprit pour écouter nos quatre Montpelliérains. Tous musiciens confirmés (orchestre philharmonique, opéra…) qui trouvent là de grandes générosités de solistes dans l’impro, libres et sûrs d’eux. Dont une femme, ce qui n’est sûrement pas neutre, dans l’idée.
    La pochette de leur CD « Cuarteto » est illustrée, pour commencer, d’une photo de leurs instruments. Pas d’eux-mêmes. C’est un signe. Sur cette musique très écrite  -Piazzola avait une solide formation classique-  une lumière très claire est jetée sur le clavier,la contrebasse, le violon, le bandonéon ; sur chacun, dans ses contrastes et ses ombres, qui passionnent l’oreille. Lorsqu’ils viennent à se marier, alors ce sont de belles recherches, et de grandes ivresses d’accouplement.
    Sentiments francs, intenses ; plongées intimes, échappées allégoriques ; pensées variantes, âmes complexes. Voilà qui est à cent lieues des torpeurs langoureuses figées par des clichés poussiéreux.
    Tango, musique vivante d’Argentine et de Montpellier.

G.M. Le Midi Libre, 2003.
  
Particulier
.com
tanguardia
p.préc

Le 7 août 1998, l’air est chaud.

La ruelle du village de Saint Martin de Londres s’étire vers l’église du 12 ème siècle rénovée. Projetez-vous dans cette nef voûtée où les bancs sont peu confortables et les gens serrés. Vous pensez que vous ne tiendrez pas le coup longtemps. C’était sans compter sur le quatuor rouge et noir qui est là.

La musique ne se contente pas de marier son âme à celle des vieilles pierres, elle vous remplit le corps et le coeur. Le tango remonte des ruelles “argentines” pour vous inviter au voyage. Osmose, technique, vibrations. Tels sont les atouts de Tanguardia. Cohésion de l’âme, du senti et du ressenti qui rebondit dans la salle, vous enveloppe, ne fait qu’un seul coeur dans des corps différents.

Jean- Marc, à l’archet, au doigté, aux gestes amples et précis fait découvrir le panel des possibilités de cet instrument difficile d’approche pour les néophytes- la contrebasse. William transmet le coeur de Piazzolla avec son bandonéon ivre et suave. Anne, dicrète et talentueuse, fait couler son piano comme une lave. Thierry conjugue avec aisance, prouesses techniques et émotions mélodiques.

Un grand moment de bonheur, ce concert, qui allie l’ambiance bon enfant et le talent, habile mélange de technique et d’humanité qu’il est si rare de trouver en ce moment. Tanguardia nous prouve ce soir que l’on peut être de grands musiciens et mettre son talent à la portée du néophyte comme du connaisseur le plus averti et le plus intransigeant.

Une pluie de notes de bonheur.

Sylvette Rossi, pigiste. Août 1998.

  

Presse p.2